Contenu du jeu
1 coffret-damier en bois de 100 cases (10 × 10) + 40 pions (20 clairs et 20 foncés). Ce sont les dames internationales, la règle officielle jouée en France et dans les clubs, qu’on appelle aussi dames françaises ou dames à la polonaise.
Le but du jeu
Capturer ou bloquer tous les pions de l’adversaire. Le joueur qui ne peut plus jouer, parce qu’il n’a plus de pièces ou parce que ses pièces sont immobilisées, a perdu.
Mise en place
Placez le damier de façon que la case foncée du coin se trouve à gauche de chaque joueur : la grande diagonale part de votre gauche. On ne joue que sur les 50 cases foncées. Chaque joueur pose ses 20 pions sur les quatre premières rangées de son côté ; les deux rangées du milieu restent vides. Les Blancs (pions clairs) commencent, puis chacun joue un coup à son tour.

Règle du jeu
Le déplacement du pion
À son tour, le joueur avance un pion d’une case en diagonale, vers l’avant, sur une case libre. Un pion ne recule jamais, sauf pour prendre.
La prise
Un pion placé juste à côté d’un pion adverse, en diagonale, le capture en sautant par-dessus, à condition que la case située derrière soit libre. Aux dames internationales, le pion prend en avant comme en arrière. La pièce prise est retirée du damier.
La prise est obligatoire : si vous pouvez prendre, vous devez prendre, même si le coup vous est défavorable.


La rafle
Si, après une prise, le même pion peut en faire une autre, il doit continuer dans le même tour, en changeant de direction si nécessaire, jusqu’à ce qu’aucune prise ne soit plus possible. On ne peut pas sauter deux fois par-dessus la même pièce, ni par-dessus ses propres pièces. Les pièces prises ne sont retirées du damier qu’à la fin de la rafle : tant qu’elles sont là, elles bloquent le passage.
La prise majoritaire
Quand plusieurs prises sont possibles, le joueur doit choisir celle qui capture le plus grand nombre de pièces. Une dame compte pour une pièce, comme un pion : seul le nombre compte, pas la valeur. À nombre égal, le joueur choisit librement.


La dame
Un pion qui termine son coup sur la dernière rangée adverse devient une dame : on le coiffe d’un second pion de la même couleur. Un pion qui ne fait que traverser la dernière rangée au cours d’une rafle, sans s’y arrêter, reste un pion.
La dame se déplace en diagonale, en avant comme en arrière, d’autant de cases libres qu’elle veut. Pour prendre, elle saute une pièce adverse située sur sa diagonale, même éloignée, à condition qu’il y ait au moins une case libre derrière, et elle se pose sur la case libre de son choix derrière la pièce prise. Elle peut ensuite enchaîner sur une autre diagonale. La prise obligatoire et la prise majoritaire s’appliquent à la dame comme aux pions.



Fin de la partie
Le joueur qui n’a plus aucune pièce, ou dont toutes les pièces sont bloquées, a perdu. La partie est nulle quand aucun des deux joueurs ne peut plus gagner, par exemple avec une dame contre une dame, ou d’un commun accord.
En famille : on convient souvent d’arrêter la partie quand il ne reste que des dames de chaque côté. En compétition, la règle est précise : après 25 coups joués uniquement avec des dames, sans prise ni déplacement de pion, la partie est nulle.
Pour aller plus loin : stratégie et conseils pour gagner
Aux dames, tout est visible et rien n’est laissé au hasard : ce qui sépare un débutant d’un joueur de club, c’est la lecture des prises obligatoires. Les conseils qui suivent viennent des manuels de référence des joueurs français, notamment les « 50 commandements » de Georges Post et la Maîtrise du jeu de dames de Jean-Pierre Dubois, et des cours publiés par la Fédération mondiale.
1. Occupez le centre
Un pion au centre du damier participe à toutes les combinaisons ; un pion sur le bord ne contrôle qu’une diagonale et ne joue presque aucun rôle. Dès les premiers coups, dirigez vos pions vers les cases centrales et essayez d’en déloger l’adversaire. Les joueurs connaissent même une case à éviter pour les Blancs, la case 29 en notation officielle, surnommée « la case cimetière » : un pion qui s’y aventure seul se fait presque toujours prendre.
2. Jouez groupé
Un pion seul se fait prendre ; deux pions qui se suivent en diagonale se protègent. Avancez vos pions en formations compactes, en gardant toujours un pion derrière celui qui avance, et développez l’ensemble de votre camp plutôt qu’un seul pion : un pion resté en arrière pendant que les autres avancent devient une faiblesse que l’adversaire exploitera.
3. Servez-vous de la prise obligatoire
C’est le ressort de toutes les combinaisons : puisque l’adversaire est forcé de prendre, vous pouvez lui offrir un pion pour l’attirer sur une case où vous en reprendrez deux ou trois d’un coup. Avant chaque coup, demandez-vous ce que l’adversaire sera obligé de faire après, et ce que vous pourrez prendre ensuite. Et méfiez-vous de ses cadeaux : un pion offert sans raison apparente cache presque toujours une rafle.
4. Comptez les pièces avant d’échanger
Un échange, c’est donner un pion pour en reprendre un. Il sert à gagner du terrain ou à ouvrir une diagonale. Quand vous avez un pion d’avance, échangez : moins il reste de pièces, plus votre avantage pèse. Quand vous êtes en retard, évitez les échanges et cherchez la combinaison.
5. Préparez le passage à dame
La dame change tout : elle vaut plusieurs pions par sa portée. Mais un pion lancé seul vers la dernière rangée se fait prendre en route. Préparez le passage avec deux ou trois pions qui avancent ensemble, et surtout comptez les temps : en fin de partie, celui qui a un coup d’avance passe à dame le premier.
Les mots du jeu
- Pion et dame : les deux pièces du jeu ; la dame est un pion couronné d’un second pion.
- Rafle : prise de plusieurs pièces en un seul coup, par sauts successifs.
- Prise majoritaire : l’obligation de choisir la prise qui capture le plus de pièces.
- Coup turc : combinaison qui repose sur le fait qu’une pièce prise reste sur le damier jusqu’à la fin de la rafle et bloque le passage.
- Temps : le nombre de coups dont on dispose avant d’être obligé de jouer un coup défavorable ; compter les temps décide des fins de partie.
- Les 50 cases : en notation officielle, les cases foncées sont numérotées de 1 à 50, de gauche à droite et de haut en bas, en partant du côté des Noirs.
Les origines du jeu de dames
Le jeu de dames descend de l’alquerque, un jeu de pions et de sauts venu du monde arabe et décrit en Espagne au XIIIe siècle dans le Livre des jeux du roi Alphonse X. Transposé sur l’échiquier de 64 cases entre le XIIe et le XIVe siècle, il prend en France le nom de « jeu de dames », d’après la pièce des échecs qu’on appelait alors la fierge, puis la dame. La règle qui oblige à prendre apparaît en France vers 1535 : c’est le « jeu forcé », l’ancêtre direct des dames anglaises jouées aujourd’hui sur 64 cases.
Le damier de 100 cases, avec 20 pions par camp, la prise en arrière et la dame qui vole, naît aux Pays-Bas au XVIIe siècle et arrive en France au début du XVIIIe, sous le nom de dames « à la polonaise ». La légende parisienne d’un officier polonais qui l’aurait inventé au café vers 1723 est contredite par un dictionnaire d’Amsterdam de 1710, qui en parle déjà. C’est pourtant à Paris que le jeu prend son essor : en 1770, Manoury, dont le café près du Louvre accueille les joueurs, publie le premier grand traité. Le premier championnat du monde est remporté en 1894 par le Français Isidore Weiss, et la Fédération mondiale est fondée à Paris en 1947. Les dames anglaises sur 64 cases ont été résolues par ordinateur en 2007 : avec un jeu parfait, la partie est nulle. Les dames internationales sur 100 cases ne le sont toujours pas.
L’histoire complète du jeu de dames, de l’alquerque aux coffrets en bois, fera l’objet d’un article dans notre Chronique ludique.
Questions fréquentes sur la règle du jeu de dames
Combien de pions y a-t-il dans un jeu de dames ?
40 pions, 20 par joueur, sur un damier de 100 cases dont seules les 50 cases foncées sont utilisées. C’est la règle des dames internationales, jouée en France. Les dames anglaises ou américaines se jouent sur 64 cases avec 12 pions chacun.
Comment placer le damier ?
La case foncée du coin doit se trouver à gauche de chaque joueur : la grande diagonale part de votre gauche. Chaque joueur pose ses 20 pions sur les cases foncées des quatre rangées les plus proches de lui, et les Blancs commencent.
La prise est-elle obligatoire au jeu de dames ?
Oui. Dès qu’une prise est possible, il faut prendre, et quand plusieurs prises sont possibles, il faut choisir celle qui capture le plus de pièces : c’est la prise majoritaire. L’ancienne règle du « soufflage », qui permettait de retirer le pion d’un joueur ayant oublié de prendre, a été abandonnée des règles officielles françaises au début du XXe siècle.
Un pion peut-il prendre en arrière ?
Oui, aux dames internationales le pion prend en avant comme en arrière, mais il ne se déplace qu’en avant. C’est une des grandes différences avec les dames anglaises, où le pion ne prend qu’en avant.
Que se passe-t-il quand un pion arrive sur la dernière rangée ?
Il devient une dame, à condition d’y terminer son coup : on le coiffe d’un second pion. S’il ne fait que traverser la dernière rangée au milieu d’une rafle, il reste un pion. La dame se déplace et prend à distance sur les diagonales, en avant comme en arrière.
Quelle est la différence entre les dames et les dames chinoises ?
Tout. Les dames chinoises sont une variante du halma, un jeu de course inventé aux États-Unis à la fin du XIXe siècle : on y saute par-dessus les pions sans les capturer, pour amener les siens dans le camp opposé d’un plateau en étoile. Le jeu de dames est un jeu de capture sur damier, bien plus ancien, et il n’a aucun lien avec la Chine.
Combien de temps dure une partie de dames ?
Une partie en famille dure entre 15 et 30 minutes. En compétition, chaque joueur dispose d’au moins 1 h 20 plus 30 secondes par coup, et une partie peut dépasser quatre heures.
À partir de quel âge jouer aux dames ?
Dès 6 ou 7 ans pour la règle complète : le déplacement se comprend en une partie, la prise obligatoire et la rafle demandent quelques parties de plus. Plus jeune, on peut commencer sans la prise majoritaire, puis l’ajouter. La Fédération française de jeu de dames organise d’ailleurs des championnats de jeunes dès l’école primaire.


